Maurice – 9 septembre 2025 – Après six années d’action, le programme ECOFISH, financé par l’Union européenne et mis en œuvre par la COI en collaboration avec le COMESA, l’EAC, l’IGAD et la SADC arrive à terme. Mais son histoire ne s’arrête pas là : son principal héritage est désormais une réalité, la Plateforme de coordination pour les pêches durables et l’économie bleue en Afrique orientale et australe (ESA-SFBE-CP).
L’héritage d’ECOFISH en outils concrets
La plateforme ESA-SFBE-CP n’est pas un projet de plus : elle est conçue comme un mécanisme permanent, inclusif et régional, au service de la gouvernance des pêches et de l’aquaculture. Hébergée dans les Communautés économiques régionales, elle apportera des instruments prêts à l’emploi :
- le BEFSA (Blue Economy Fisheries Satellite Account), pour mesurer l’apport des pêches au PIB, au commerce et à l’emploi,
- le système régional d’information sur les pêches (ESA-FIMS),
- un fonds fiduciaire pour les pêches artisanales durables,
- un mécanisme de coordination des projets pour éviter les doublons,
- des réseaux de recherche, de formation et de société civile,
- un Observatoire climat-pêches, pour relier science et politiques.
Ces outils, testés et validés dans le cadre d’ECOFISH, seront consolidés dans la plateforme et mis à disposition de tous les pays de la région.
Lors de l’atelier de consultation, Marc Maminiaina, Chargé de Mission à la COI a rappelé l’importance de bâtir un mécanisme inclusif et résilient pour renforcer la gouvernance régionale. Les discussions portent sur la validation des structures institutionnelles (Forum ministériel, Comité exécutif, Secrétariat et Comités techniques), l’intégration des outils développés par ECOFISH – tels que le BEFSA, la plateforme de suivi des projets et l’Observatoire Climat-Pêches – et l’adoption d’une feuille de route technique claire pour opérationnaliser la plateforme.
« Les résultats de cette rencontre ne doivent pas être considérés comme de simples conclusions techniques ; ils doivent être perçus comme les fondations sur lesquelles reposera la durabilité de notre gouvernance régionale en matière de pêches et d’économie bleue. »
Le Dr Sunil Sweenarain, économiste, Coordonnateur Technique du Programme et concepteur de la plateforme à quant à lui mis en exergue l’exceptionnelle valeur de cet outil au regard de son coût modeste, en le qualifiant d’investissement « sans regret » pour la région.
« Avec un coût annuel de seulement 0,5 million d’euros, l’ESA-SFBE-CP peut générer jusqu’à 5 milliards d’euros de bénéfices économiques chaque année — soit un retour sur investissement supérieur à 8 000 pour 1. Même en captant seulement 1 % de ce potentiel, la plateforme rapporterait dix fois son coût, faisant de ce mécanisme un investissement véritablement sans regret pour notre région. »
Réplicable, évolutive, régionale
La plateforme est conçue pour être réplicable et scalable. Elle capitalise sur ce qui marche déjà, à savoir, la co-gestion, la surveillance régionale, les financements innovants, la formation. Ancrée dans les REC, elle constitue un patrimoine collectif pour la communauté de la pêche, garantissant la continuité des acquis et ouvrant la voie à leur extension au continent sous l’Agenda 2063.
Un tournant pour le développement durable dans les pêches
Avec ECOFISH, le développement durable est revenu au centre de la gestion des ressources halieutiques :
- la lutte contre la pêche INN,
- la réduction des pertes post-récolte,
- l’inclusion des femmes et des jeunes,
- l’intégration du climat dans la gouvernance,
- et le renforcement des institutions régionales.
La plateforme ESA-SFBE-CP incarne cette transformation : un cadre stable, partagé, et reconnu, au service de millions de pêcheurs et de leurs communautés.
Chiffres clés du contexte régional
- 5 millions de tonnes : production annuelle actuelle des pêches en Afrique orientale et australe, représentant 6,9 à 11,5 milliards € à la débarque.
- 1,15 million d’emplois directs et 5 à 7 millions d’emplois indirects.
- 30–40 % de pertes post-récolte dans les pêches continentales.
- 184 à 276 millions € perdus chaque année à cause de la pêche INN (illégale, non déclarée et non réglementée).
- Thon de l’océan Indien occidental : 1,84 milliard € à la débarque, mais 6,4 à 8,3 milliards € au niveau mondial – dont les pays côtiers ne captent qu’une fraction.
- Avec une croissance durable de +50 %, la production pourrait atteindre 7,5 millions de tonnes/an, générant un potentiel de 8,3 à 17,5 milliards € sur le marché mondial.
Bénéfices économiques mobilisables
- Pêches maritimes : potentiel de >400 millions €/an via une meilleure gouvernance et des licences renforcées.
- Pêches continentales : potentiel de doubler la production grâce à une gestion durable.
- Aquaculture : potentiel de >3 milliards €/an d’ici 2030 (contre <1 milliard € aujourd’hui).
- Pêche INN : récupération de 50–70 millions €/an (≈ 10–15 % des pertes actuelles).
- Pertes post-récolte : réduction de moitié = >500 millions €/an d’économies.
























