Clôture du programme ECOFISH
L’héritage d’une pêche durable et prospère pour la région AA-AO-OI.
Ebène, Maurice – 10 septembre 2025 – En six années d’action, le programme ECOFISH, financé par l’Union européenne et mis en œuvre par la Commission de l’océan Indien (COI), a initié une dynamique nouvelle et durable en faveur d’une pêche durable. Ambitieux, il a placé la durabilité au cœur de sa stratégie, couvrant une vaste partie de l’Afrique orientale, australe et de l’océan Indien, en tenant compte à la fois de la pêche artisanale et de la pêche industrielle. Fruit d’un travail de mise en réseau et de collaboration régionale, il a été à l’origine d’outils innovants, de partenariats renforcés et d’initiatives communautaires à fort impact, qui continueront à transformer le secteur des pêches dans la région de l’Afrique orientale, australe et de l’océan Indien (AA-AO-OI).
Des outils concrets pour l’avenir
Le programme ECOFISH a permis de créer des outils innovants pour les communautés de pêcheurs. Ainsi, la Plateforme de coordination pour les pêches durables et l’économie bleue en Afrique orientale et australe (ESA-SFBE-CP) est mise au service des pêcheurs et de leurs communautés. Cette plateforme est conçue comme un mécanisme permanent, inclusif et régional, au service de la gouvernance des pêches et de l’aquaculture. Hébergée dans les Communautés économiques régionales, elle apportera des instruments prêts à l’emploi qui s’appuient sur une approche stratégique en trois axes :
Premièrement, la donnée, pour une gestion intelligente :
- BEFSA (Le Compteur Économique) : Il permettra de comptabiliser l’apport exact de la pêche au PIB, au commerce et à l’emploi. Cela permettra de mesurer l’apport économique de la pêche et de démontrer son rôle moteur pour la croissance et ainsi justifier les investissements et les politiques ciblées.
- Système régionale d’informations (le Carnet de Bord Partagé) : Ce système centralisera les informations sur les espèces, les quantités et les zones de pêche. Il permettra de gérer les stocks de poissons de manière précise et en temps réel, évitant ainsi la surpêche et réduisant les prises accessoires.
Deuxièmement, le financement et l’organisation, pour l’efficacité :
- Un fonds fiduciaire (La tirelire des Pêcheurs) : Ce fonds donnera aux pêcheurs artisanaux un accès direct au capital pour l’achat de meilleurs équipements. Il les rendra plus autonomes et réduira leur dépendance aux subventions.
- Mécanisme de coordination des projets : Il s’assurera que les projets ne se chevauchent pas, optimisant ainsi les ressources financières et les efforts pour un impact maximal sur le terrain.
Troisièmement, la science, pour un avenir durable ;
- Réseaux de recherche : En connectant les scientifiques et les communautés, ces réseaux permettront aux pêcheurs d’apprendre les nouvelles techniques et de s’adapter plus facilement aux défis de demain.
- L’Observatoire climat-pêches : Cet outil essentiel mesurera l’impact du changement climatique sur les stocks de poissons. Il permettra aux décideurs d’adapter les politiques de pêche pour protéger les ressources sur le long terme.
Ces outils, testés et validés dans le cadre d’ECOFISH, seront consolidés dans la plateforme et mis à disposition de tous les pays de la région. Leur apport potentiel est estimé à 5 milliards € de bénéfices économiques annuels pour la région.
Ce rendement exceptionnel repose sur une stratégie ciblée qui agit sur plusieurs fronts :
- Lutter contre les pertes et l’illégalité : En réduisant de moitié les pertes post-capture, le secteur réalisera plus de 500 millions d’euros d’économies par an. En renforçant la gouvernance et en luttant contre la pêche illégale, il pourra récupérer près d’un demi-milliard d’euros supplémentaires.
- Stimuler la croissance : L’aquaculture est le principal moteur de croissance. Sa valeur actuelle de moins d’un milliard d’euros pourrait s’élever à plus de 3 milliards d’euros d’ici 2030. La gestion durable des pêches continentales a également le potentiel de doubler sa production.
Des modèles de réussite pour une gouvernance réplicable
Le plan de gestion pour la pêche aux holothuries (Sea Cucumber) aux Seychelles a permis l’adoption d’une stratégie de gouvernance simple et efficace, qui peut être facilement répliquée par les gouvernements pour améliorer l’enregistrement et l’octroi de permis de pêches à petite échelle. En parallèle, le plan de gestion de la pêche au poulpe de Zanzibar, inspiré de l’exemple rodriguais soutenu par la COI et l’Union européenne, a démontré le potentiel d’une approche écosystémique pour la gestion durable d’une ressource vitale. Ces modèles prouvent qu’une bonne gouvernance mène à une économie prospère, avec des gains directs pour les communautés de pêcheurs et la pérennité de l’économie bleue
Une surveillance efficace pour des résultats concrets
La lutte contre la pêche illégale dans la région a démontré son efficacité grâce à une surveillance et des patrouilles coordonnées. Depuis 2020, le Plan régional de surveillance des pêches (PRSP) a mené 12 patrouilles conjointes, conduisant à la détection de 37 infractions et au déroutement de 3 navires. Depuis sa création il y a 18 ans, le PRSP a effectué un total de 65 patrouilles régionales, contrôlé 723 navires et constaté 137 infractions.
Réunissant les Comores, le Kenya, la France (La Réunion), Madagascar, Maurice, Mozambique, les Seychelles, la Somalie et la Tanzanie, le PRSP est un mécanisme emblématique de la coopération régionale qui allie moyens navals, aériens, technologiques et humains pour mener des opérations de suivi, contrôle et surveillance des pêches. Le programme a également soutenu le renforcement des capacités par le biais de la formation d’observateurs et de sessions avec l’Agence européenne de contrôle des pêches (EFCA).
Des initiatives communautaires qui changent des vies.
Neuf projets de démonstration ont été soutenus par ECOFISH, avec des subventions à hauteur de huit millions d’euros touchant directement plus de 50 000 familles. Des partenariats clés avec des ONG et agences spécialisées ont permis de développer des modèles de réussite, prêts à être reproduits à l’échelle régionale notamment :
- ADPP Mozambique, permettant la construction de quatre centres de pêche au Mozambique, réduisant les pertes post-récolte de moitié. En parallèle, des groupes d’épargne ont été mobilisés, dont 72% de femmes, qui ont collectivement épargné plus de 2,6 millions de MZN (environ 35 000 €).
- WWF-Kenya, qui a établi 24 associations d’épargne et de crédit villageois, avec plus de 50% de femmes parmi leurs membres.
- C3 Madagascar, un projet comptabilisant plus de 56 000 données d’enregistrement de débarquement de poissons, créant une base de connaissances essentielle pour la gestion durable.
- le PNUD, qui a introduit l’innovation technologique en déployant 5 dispositifs intelligents de concentration de poissons (DCP) et en rénovant 5 sites de débarquement, tout en formant 541 pêcheurs aux techniques modernes, à Maurice et Rodrigues.
Ensemble, ces projets illustrent parfaitement l’efficacité d’une approche intégrée. De la gouvernance transfrontalière en Namibie avec l’établissement de 37 réserves halieutiques gérées par la communauté à des initiatives d’amélioration de la chaîne du froid, ces projets locaux démontrent qu’il est possible de concilier la protection des ressources avec le développement socio-économique des communautés
Formation universitaire des jeunes en Économie Bleu
La clôture du programme ECOFISH coïncide aussi avec la première promotion de diplômés du cours de premier cycle sur le Droit, l’Économie Bleue et la Gestion Durable de la Pêche, lancé en partenariat avec l’Open University en 2021. Ce programme, conçu pour renforcer les capacités professionnelles, a permis à 20 professionnels de Maurice et de la région d’obtenir leur diplôme après trois années d’efforts. Dispensée en ligne pour une accessibilité maximale, cette formation participe au développement des capacités du secteur des pêches.
Des partenariats renforcés et pérennes
Le succès d’ECOFISH repose sur un partenariat unique dans la région AA-AO-OI, réunissant institutions régionales, agences techniques, société civile et communautés locales autour d’une vision commune : préserver et valoriser durablement les ressources halieutiques. Au cœur de cette dynamique partenariale figurent l’Union européenne qui porte et finance le programme, la Commission de l’océan Indien, qui coordonne la mise en œuvre d’ECOFISH, ainsi que le COMESA, l’EAC, l’IGAD et la SADC, les organisations spécialisées telles que l’Organisation des Pêches du Lac Victoria (LVFO) et L’Autorité du Lac Tanganyika (LTA) et la Commission des thons de l’océan Indien (CTOI). Aux côtés de ces institutions, des ONG et réseaux de terrain – ActionAid, ADPP Mozambique, C3 Madagascar, Namibia Nature Foundation, PNUD, SOS Sahel, WWF Kenya entre autres – ont contribué à ancrer les actions dans les réalités locales. C’est un véritable “réseau satellitaire”, unissant les rives des lacs et les côtes de l’océan Indien qui s’est créé en faveur d’une pêche durable, au service de la sécurité alimentaire et des communautés.
Et après ?
Le succès des initiatives du programme ECOFISH a inspiré une vision commune pour l’avenir de l’économie bleue de la région : les partenaires ont unanimement appelé à une feuille de route claire pour la gouvernance régionale. Cette feuille de route inclus la création d’un fonds fiduciaire et l’autonomisation des acteurs locaux ainsi que la proposition d’une gouvernance à deux niveaux, coordonnée par les Communautés économiques régionales (CER) et les volets techniques aux Organisations régionales de pêche (ORP), permettant d’allier vision politique et expertise de terrain.
Cet appel stratégique est d’autant plus pertinent que l‘Union européenne a confirmé son engagement avec un nouveau programme de 58 millions d’euros pour l’océan Indien occidental (SWIO), visant à consolider les acquis, à soutenir la sécurité alimentaire, à renforcer la résilience climatique et à faire de la pêche un véritable pilier économique partagé.
À propos d’ECOFISH
Lancé en 2019, le programme ECOFISH, porté et financé par l’Union européenne, visait à renforcer la durabilité des pêches et l’économie bleue dans l’océan Indien et au-delà.
- Durée & budget : 62 mois (2019–2025), 28 M€ financés par le 11ᵉ FED.
- Mise en œuvre : par la Commission de l’océan Indien, avec l’appui de la Délégation de l’UE à Maurice, en partenariat avec 4 Communautés économiques régionales (COMESA, EAC, IGAD, SADC), l’Organisation des Pêches du Lac Victoria (LVFO) et L’Autorité du Lac Tanganyika (LTA).
- Pays bénéficiaires : 18 pays ACP de la région Afrique orientale, australe et océan Indien.






