Les Comores : Appropriation des dispositifs de concentration de poissons par les pêcheurs artisanaux
Comment augmenter les captures de la pêche artisanale afin d’améliorer les conditions de vie des communautés de pêcheurs des Comores tout en encourageant les pratiques de pêches durables dans les lagons ?
Du 13 au 19 juin, à Bangoi Hambou, vingt pêcheurs artisanaux ont bénéficié d’un atelier de renforcement de capacités sur l’entretien et la gestion des dispositifs de concentration de poissons (DCP). Pendant sept jours, ils ont alterné sessions théoriques et exercices pratiques.
Le DCP est un dispositif flottant, constitué de bouées immergées en haute mer, conçu pour recréer une chaîne alimentaire naturelle et ainsi attirer les bancs de poissons, facilitant la pêche artisanale.
Cette formation a été organisée par la Commission de l’océan Indien (COI) et le gouvernement comorien, dans le cadre du programme ECOFISH, financé par l’Union européenne.
Un dispositif qui s'inscrit dans la durée
Lors de la cérémonie officielle de clôture de la formation, Fatima Alfeine, Officier Permanent de Liaison de l'Union des Comores pour ECOFISH, a souligné l'importance de la transmission d'un nouveau savoir-faire — une étape clé dans la politique des pêches du gouvernement comorien. Maîtriser les mécanismes de construction, d'entretien et de gestion des DCP permettra aux communautés de pêcheurs de s'approprier pleinement ces dispositifs, renforçant ainsi leur sécurité alimentaire et leur protection en mer.
« L'objectif de cette formation était vraiment d'aider nos pêcheurs à mieux connaître ces dispositifs, à les entretenir et à les utiliser efficacement. Nous espérons que cette initiative s'inscrira dans la durée. On nous a dit qu'à Maurice, un dispositif bien entretenu peut durer jusqu'à huit ans. Avec un bon entretien, nous espérons faire encore mieux. »
Des représentants de la jeunesse de Bangoi et des coopératives de pêche de Ngazidja, étaient également présent lors de cet événement.



Etat des lieux
Selon le dernier bulletin national de statistiques des pêches publié en 2020 et sur la base des données de 2019, il y avait 23 246 pêcheurs artisanaux, dont 14 836 pêcheurs à pied et 5006 bateaux de pêche, dont 80 % sont des embarcations traditionnelles et non motorisées au niveau national. Les captures ont été estimées à 17 600 tonnes, ce qui représente une valeur au débarquement de 27,4 milliards de francs comoriens (KMF), soit 55,6 millions d’euros. Environ 45 % des captures sont pêchées respectivement à Grande Comore et à Anjouan, et les 10 % restants à Mohéli. Le thon et les espèces apparentées représentent 70 % de la production totale.
La pêche aux Comores est principalement une activité côtière, plus de 80 % des poissons pêchés étant pêchés à moins de 12 milles marins du rivage. Des espèces telles que le thon, le mérou, le vivaneau et d’autres poissons pélagiques sont abondantes, ce qui en fait des cibles importantes pour l’industrie de la pêche locale. Le secteur de la pêche présente également un potentiel d’exportation important, en particulier pour le thon et d’autres espèces de grande valeur. Malgré cela, le secteur est confronté à de nombreux défis, notamment la surpêche, le déclin des stocks de poissons, l’accès limité aux engins de pêche modernes et la difficulté à maintenir des pratiques durables.
Au cours des 20 dernières années, les autorités comoriennes ont soutenu la création de coopératives de pêche pour faciliter le développement du secteur, notamment via les DCP, les moteurs subventionnés et l’accès au crédit. Aujourd’hui, plus de 100 coopératives regroupent près de 4 200 pêcheurs sur les trois îles. Ces structures sont organisées en syndicats régionaux et nationaux pour peser sur les politiques publiques. Toutefois, le renforcement de leurs capacités reste essentiel pour assurer une cogestion efficace et durable de la pêche artisanale.
L’introduction de dispositifs de concentration de poissons (DCP) offre l’occasion d’améliorer les rendements de la pêche, de promouvoir des pratiques durables et d’améliorer les moyens de subsistance des communautés de pêcheurs aux Comores. En fournissant un mécanisme fiable pour attirer les poissons dans des zones autrement moins productives, les DCP peuvent aider à accroître l’efficacité des captures et à réduire la pression sur les ressources côtières. En faisant la promotion de pratiques de pêche durables, cette initiative peut contribuer à la santé à long terme de l’écosystème marin du pays et au bien-être économique de ses communautés de pêcheurs. Le succès de ce projet permettra non seulement d’améliorer la sécurité alimentaire et les revenus, mais aussi de tirer de précieux enseignements pour la gestion durable des pêches dans les petits États insulaires en développement.






